Soutien vs. appui : la lutte vocale

Votre professeur.e de chant ou votre chef.fe de choeur vous a peut-être déjà demander de « soutenir » dans l’aigu, de mettre plus d' »appui », ou de façon plus métaphorique, de « chanter en inspirant », de « boire la voix »… À quelles actions musculaires fait-elle.il référence ?

Objectifs de l’appui et du soutien : agilité vocale et longueur de souffle

Pour produire une note donnée à une puissance donnée, le larynx doit être alimenté par une certaine pression d’air dépendant de la note émise et de sa puissance. Cette pression sera :

  • Plus importante pour des notes aigües que pour des notes graves
  • Plus importante pour des notes forte que des notes piano (en prenant soin d’éviter tout forçage)

En conséquence, lorsqu’un.e chanteus.e souhaite chanter des notes différentes, ou varier l’intensité de sa voix, son système respiratoire doit s’adapter :

  • Rapidement
  • Précisément

En outre un.e chanteur.se est souvent amené.e à chanter des phrases longues ou à tenir longtemps une note. Le système respiratoire doit donc économiser l’air qu’il fournit au larynx.

Soutien et appui

La technique de la lutte vocale permet de satisfaire à ces objectifs. Son nom vient du fait qu’elle met en œuvre simultanément deux mécanismes respiratoires opposés :

  • Le soutien, qui tend à faire expirer
  • L’appui, qui tend à faire inspirer

Plus précisément, le soutien consiste à tendre les muscles expirateurs, à savoir :

  • Tous les abdominaux (grand droit, obliques externe et interne, transverse)
  • Les intercostaux internes
  • Les deux sphincters du périnée 1 (non représentés sur l’illustration ci-dessus)

A l’opposé, l’appui consiste à tendre certains muscles inspirateurs que sont :

  • Le diaphragme
  • Les intercostaux externes
  • Les grands et petits pectoraux
  • Les surcostaux (reliant la colonne vertébrale aux côtes)

Le fait de réaliser simultanément le soutien et l’appui permet de répondre aux objectifs :

  • D’agilité vocale : dans la mesure où les 2 ensembles de muscles inspirateur et expirateur (dont l’effet est donc opposé) sont activés simultanément, ils peuvent s’ajuster rapidement aux variations du besoin de pression d’air sous-glottique, besoins qui peuvent évoluer rapidement lors de l’exécution d’un air
  • De longueur de souffle : employer également les muscles inspirateurs ralentit l’expiration d’air, ce qui permet de chanter plus longtemps

Je vous souhaite une belle exploration de vos différents muscles inspirateurs et expirateurs !

1 L’action du périnée est notamment utile pour soutenir les viscères. Sans cela, l’action des muscles abdominaux tendrait à les déplacer vers le bas, ce qui peut notamment être dommageable chez les femmes. L’action du périnée conduit à remonter les viscères, qui vont pousser le diaphragme de bas en haut, favorisant l’expiration.

Libérer le larynx par une alimentation d’air constante et modérée

Le rôle du larynx est d’émettre des sons, et de moduler leur hauteur, leur durée, leur puissance et leur timbre.

Pour ce faire, il a notamment besoin :

  • D’être alimenté en air, air qui passe entre les cordes vocales
  • D’être libéré de toute autre contrainte

Le système respiratoire, en amont (et en-dessous) du larynx, y contribue grandement.

Une alimentation en air constante

Considérons le cas simple d’une note longue, stable dans sa hauteur, sa puissance et son timbre.

Pour émettre cette note, le larynx a avant tout besoin que lui parvienne une pression d’air constante sous les plis vocaux ; on appelle la pression à cet endroit du corps la pression sous-glottique (voir pour mémoire la façon dont le larynx génère du son). Si l’air lui parvient par à-coups de pression, alors hauteur, puissance et timbre vont varier dans le temps. Ou bien, plus probablement, le cerveau va entendre ces variations et demander instinctivement au larynx d’ajuster la tension et la longueur des plis vocaux pour maintenir une hauteur et une puissance de son constantes. On comprend aisément que ces ajustements constants perturbent grandement le larynx, qui peut difficilement exécuter un accolement fin et précis des cordes ; il peut alors rechercher la stabilité par la rigidification et la crispation, ce qui tend à dégrader la qualité du timbre, moins agréable, et fatigue vite les plis vocaux.

Pensons à un danseur de ballet qui danserait sur un bateau en pleine tempête : difficile de maintenir une position sur la pointe du pied avec le sol qui tangue, et le vent et les embruns qui fouettent son corps. Il ne lui reste plus qu’à arrimer ses pieds au sol et ses mains au bastingage ; vous l’aurez compris, la liberté et la grâce de ses mouvements s’en trouvent fortement réduites.

Une alimentation en air modérée

En plus d’être constante, la pression sous-glottique doit être modérée, du moins chez un.e chanteur.se en apprentissage. Si elle est trop forte, constante ou pas, elle pousse fortement les plis vocaux vers le haut, et contraint donc certains muscles du larynx à conserver un fort niveau de tension pour maintenir les cordes accolées et empêcher le larynx de monter. Pour lesdits muscles, cela constitue une gêne et une distraction.

Filons la métaphore et retirons à notre danseur les contraintes du tangage, des embruns et de la tempête ; contentons-nous de le placer sur la terre ferme sous un vent puissant et constant : sa palette de mouvements possibles s’élargit, mais reste plus limitée que sans vent sur une scène d’opéra.

Exercice d’expiration modérée : la bougie

Placez votre poing fermé devant votre cou à environ 15 cm. Tendez l’index, figurant ainsi une bougie. Inspirez modérément. Soufflez sur le bout de votre index, aussi faiblement que si vous souffliez sur une bougie en cherchant à ne pas l’éteindre.

Veillez, au long de cet exercice, à conserver une posture droite (sans être rigide) et une détente complète du cou (en posant l’autre main sur le cou, vous ne devez ressentir aucun muscle contracté).

Exercice d’expiration constante : le S

Inspirez modérément. Expirez lentement en formant la consonne S. Ecoutez le son S et efforcez-vous de le maintenir constant, en limitant les sursauts, les hausses et les baisses d’intensité.

La constance du son S indique que le système respiratoire, tout en diminuant progressivement le volume des poumons, a réussi à maintenir une pression d’air constante. Cette nouvelle capacité lui sera précieuse pour alimenter le larynx d’un flux d’air avec une pression constante, le libérant de la charge de s’adapter à un flux d’air discontinu. Il se pourrait qu’il vous en gratifie d’un son orné d’un agréable vibrato !