Les différents états des muscles et leur utilité en chant lyrique

Un.e chanteur.se lyrique chante sans micro, et peut être amené.e à chanter un total d’environ une heure, dans des conditions qui peuvent être fortement sollicitantes : soliste dont la voix doit être perçue distinctement de l’orchestre et/ou du choeur qui l’accompagnent, chant tous les soirs durant plusieurs semaines au cours d’une production…

Pour pouvoir tenir la durée du concert, et surtout pour préserver son appareil vocal (et notamment ses cordes vocales) durant toute une carrière, il.elle développe une technique qui doit être efficace ; il.elle ne doit pas seulement chanter « fort », il.elle doit pouvoir le faire longtemps.

Beaucoup d’éléments de cette technique vocale efficace nécessitent de comprendre la différence entre les états musculaires que sont le relâchement, la tonicité et la crispation. Je présenterai également les qualités des muscles : la souplesse, l’agilité et la force. Chacune de ces définitions sera accompagnée d’exemples d’utilisation en chant lyrique.

Les états musculaires : relâchement, tonicité et crispation

Les termes de relâchement, tonicité et crispation désignent le niveau d’effort fourni par le muscle, de plus en plus important :

RelachementToniciteCrispation

La crispation

Le muscle crispé est très fortement contracté, à un niveau proche de son état de tension maximal. Imaginez-vous tenter de soulever un objet très voire trop lourd pour vous, ou tenter d’extraire Excalibur de son rocher : si vous ne vous appelez pas Arthur, vous allez tirer de toutes vos forces, sans que l’épée ne bouge.

Avantages :

  • Le muscle développe alors une force quasi-maximale

Inconvénients :

  • Un muscle crispé se fatigue très rapidement
  • Un muscle crispé trop longtemps et/ou trop fréquemment court le risque de se détériorer à terme
  • Un muscle crispé risque d’augmenter le niveau de tension des muscles environnants, ne serait-ce que pour maintenir la position de la partie du corps concernée

Cas d’utilisation en chant lyrique :

  • Quasi-inexistant ; on cherche précisément à éviter ces 3 inconvénients, que ce soit au niveau des musées de la respiration, du cou, du larynx ou de la tête, pour en préserver la santé

Le relâchement

A l’opposé du spectre, l’état de relâchement signifie que le muscle est parfaitement détendu. Il ne fait aucun effort pour se tendre.

Avantages :

  • Il ne se fatigue pas
  • Etant lui-même détendu, il ne risque pas de causer la contraction des muscles proches

Inconvénients :

  • Il est absolument passif et ne contribue donc pas au maintien ou à l’ajustement d’un équilibre (cf. la tonicité). En outre, un muscle relâché se mobilisera plus lentement qu’un muscle déjà tonique (cf. plus bas)

Cas d’utilisation en chant lyrique :

La tonicité

L’état tonique (ou tendu) est un état intermédiaire entre le relâchement et la crispation. En conséquence, il crée un mouvement, maintient un équilibre ou ralentit un mouvement contraire au sens d’élongation du muscle.

Avantages :

  • Le muscle tonique se fatigue et s’use bien moins rapidement qu’un muscle crispé
  • Il est naturellement plus réactif aux besoins d’ajustement du niveau de tension

Inconvénients :

  • Un muscle tonique se fatigue, quoique bien plus lentement que l’état de crispation
  • De même qu’un muscle crispé (mais de façon moins marquée), un muscle tonique peut entraîner des tensions non désirées dans les muscles proches

Cas d’utilisation en chant lyrique :

  • La technique de l’appui (appogio en italien) consiste notamment à maintenir toniques les muscles inspirateurs et expirateurs simultanément. Disons pour simplifier que les muscles expirateurs sont légèrement plus sollicités que les inspirateurs, ce qui provoque une pression sous les cordes vocales et permet de chanter. Pourquoi tonifier également les muscles inspirateurs ? Parce que le fait de maintenir ce tonus prépare l’ensemble des muscles à s’adapter plus rapidement à un besoin d’ajuster la pression d’air, par exemple pour réaliser un changement de nuance, de hauteur de note, ou pour réaliser des notes piquées (brèves et séparées)

Passons désormais aux qualités que l’on peut développer dans un muscle

Les qualités d’un muscle : souplesse, agilité et force

La souplesse

Un muscle souple est un muscle capable de s’allonger selon une grande longueur, offrant davantage de latitude de mouvement.

Cas d’utilisation en chant lyrique :

  • Le mécanisme 2/de tête permet d’atteindre des notes aigües en allongeant les cordes vocales. C’est plus facile à réaliser lorsque les muscles des cordes vocales sont souples.

L’agilité musculaire

Un muscle est agile lorsqu’il peut passer rapidement d’un état de tension (relâché, tonique [à différents degrés], voire crispé) à un autre.

Cas d’utilisation en chant lyrique :

  • Pour inspirer beaucoup d’air en peu de temps entre 2 phrases musicales, un chanteur détend très rapidement ses muscles expiratoires.
  • L’exécution d’une série de notes brèves et de hauteur différente (une vocalise au sens restreint du terme) emploie l’agilité des muscles du larynx ; on parle d’agilité vocale.
  • Comme évoqué plus haut, l’agilité des muscles respiratoires, offerte notamment par le maintien du tonus des muscles inspirateurs et expirateurs, permet de réaliser rapidement des changements de nuance, de hauteur de note, ou des notes piquées.

La force

Un muscle fort peut se contracter avec une grande intensité, et peut fournir une contraction modérée avec peu d’effort.

Cas d’utilisation en chant lyrique :

  • Le muscle interaryténoïdien, qui accole les cordes vocales, doit être suffisamment fort pour maintenir les cordes vocales accolées pendant l’acte vocal.
  • Les muscles respiratoires doivent être suffisamment forts pour fournir une pression d’air suffisante pour chanter des notes aigües et/ou fortes

Attention : Un chanteur débutant prudent développera une technique saine (bon accolement des cordes, ajustement dynamique de la pression sous-glottique selon les besoins, détente du cou, vibrato libre) avant de développer et utiliser la force des muscles respiratoires. Inverser ces étapes permet certes d’émettre rapidement des sons puissants, mais ils ne seront pas nécessairement agréables à l’oreille, et (cela va de pair) mettront à rude épreuve l’appareil vocal, risquant à terme de l’endommager.

Je vous invite à explorer les différents cas d’utilisation, et vous souhaite un entraînement vocal agréable et sain !

Pourquoi ce blog ?

Le chanteur est un musicien particulier, qui emploie son propre corps comme instrument – un instrument particulièrement complexe, précis et fortement conditionné par l’anatomie du chanteur. Or, contrairement à un pianiste qui peut examiner l’intérieur de son instrument, le chanteur ne peut en voir que la surface. Son apprentissage des différents aspects de la technique vocale (respiration, émission vocale, résonance) sera donc grandement accéléré par la connaissance :

  • Des notions d’anatomie liées à l’appareil respiratoire, au larynx (qui abrite les cordes vocales), et aux conduits amplificateurs que sont le pharynx, la bouche et le nez
  • Des notions d’acoustique (science du son)

Je suis passionné de chant lyrique. J’ai par ailleurs suivi des études d’ingénieur, et j’en ai gardé une appétence pour la physique et la mécanique, domaines aussi peu sexy que précieux pour le chanteur !

Aussi est naturellement venue l’idée de diffuser à mes élèves et à mes amis chanteurs :

  • Une sélection d’articles, vidéos, sites et pages qui expliquent de façon claire et pédagogique le fonctionnement de la voix
  • Mes propres conseils et éléments de technique vocale

C’est la raison d’être de ce blog, dont je vous souhaite une lecture agréable et éclairante !